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Publié par SNUDI FO 95

Cergy, le 1er octobre 2026.

Monsieur le Directeur académique,

Conformément aux dispositions de la loi 2008-790 du 20/08/2008, nous vous notifions le dépôt d’une alerte sociale à compter de ce jeudi 1er octobre 2026 De façon unitaire, nos organisations syndicales départementales de l'Education déclenchent solennellement cette alerte sociale au regard des faits de répression brutale du mouvement lycéen et des dangers liés à sa criminalisation.

Depuis une semaine, un mouvement lycéen a vu le jour partout en France, et particulièrement dans le Val d'Oise. Des milliers de lycéen·es, majoritairement de quartiers populaires, ont fait le choix courageux de la mobilisation pour faire entendre leurs revendications. Nos élèves nous rappellent qu'être lycéen·ne aujourd'hui c'est subir de plein fouet la violence de l'austérité, celle des classes surchargées, des non-remplacements de personnels, les mesures répressives et les pressions de l'autoritarisme, la sélection scolaire accrue par une doctrine fondée sur la seule compétition sociale. Ils·elles nous rappellent aussi qu'être futur.es citoyen.nes, c'est être en capacité de questionner et de comprendre le monde, d'exercer son esprit critique et surtout de faire valoir ses aspirations à un avenir démocratique.

En tant que praticien·nes de l'éducation et syndicalistes, notre devoir est de leur assurer le cadre d'un environnement secure qui les considère comme des sujets pensants et non des objets, permette leurs apprentissages, et leur assure qu'il y a bien une place pour eux dans ce monde. Depuis des années notre travail est empêché, non par des blocus de lycéen·nes, mais par une doctrine économique de pénurie et d'austérité totalement mortifère et irresponsable.

Pourtant, dès le premier jour, la communication du ministre de l'Education nationale était totalement alignée sur celui de l'Intérieur : il s'agirait là d'émeutiers, de voyous, et de casseurs à mater.

Un discours bien rôdé dans la matrice de la conquête culturelle par l'extrême droite, qui fait du jeune, particulièrement des quartiers populaires, un ennemi intérieur. Un discours pour dépolitiser ce mouvement de jeunesse et rendre irrecevables ses aspirations à la justice sociale et scolaire, alors que le gouvernement annonce une nouvelle étape de brutalisation économique et sociale au travers de son projet de budget.

Un discours largement repris dans le courrier du 30 septembre de l'Union des Maires du Val d'Oise adressé aux député.es du département ainsi qu'au préfet, et qui évoque en vrac une "prise d'otages", "la bordelisation", "des exactions" et qui prend à partie "les discours de complaisance ou de légitimation".

Les conséquences d'une telle porosité de l'Etat et du gouvernement à ces thèses d'extrême droite, c'est le blanc-seing donné dès le premier jour à l'expression de la répression et de la brutalité policière. Un terrain déjà bien préparé depuis l'organisation problématique depuis deux ans devant les lycées du 95 de fouilles policières, avec chiens, sur décision du Préfet du Val d'Oise s'empressant de communiquer sur les réseaux sociaux #Pédagogie.

Chaque jour, à Sarcelles, Cergy, Gonesse, Domont, L'Isle-Adam, Garges, Saint-Ouen l'Aumône, etc, les personnels ont été les témoins directs de l'arbitraire le plus total, celui d'arrestations au faciès, souvent physiquement violentes, parfois au sein même des établissements, de garde-à-vue abusives, des incessantes provocations policières même quand le calme et la responsabilité sont établis, des insultes racistes à l'encontre de jeunes lycéens, et d'une violence insupportable, quand un adolescent pris au hasard est fauché, maintenu au sol et menotté dans l'établissement à Sarcelles, quand un lycéen est violemment percuté par la moto d'un membre de la Brav M à Cergy ou quand un adolescent de 14 ans est violemment pris à partie par un groupe de policiers, puis abattu à bout portant par un tir au visage d'un cougar lance grenade lacrymogène, comme ce fut le cas au lycée Château d'Epluches lundi 28 septembre. Tir de mutilation qui a motivé une enquête de l'IGPN.

Des violences ont aussi pu être exercées par la police sur nos collègues lorsqu'ils tentent d'apaiser les situations, porté·es par leur éthique professionnelle et leur devoir citoyen. Violences verbales la plupart du temps, mais également physiques : à Gonesse, une enseignante a été plaquée au sol.

Monsieur le Directeur académique, nous redisons solennellement que la pédagogie est précisément le contraire de ces pratiques choquantes. Elle est au cœur de nos métiers. La pédagogie est au service de la démocratie et de l'émancipation, à l'inverse de ce déferlement de violence policière décomplexée dont les écoles et établissements qui sont sous votre autorité administrative doivent être préservés. Monsieur le Directeur académique, nous nous questionnons sur le positionnement de la chaîne hiérarchique de l’Éducation nationale dans cette situation et de vos consignes en la matière.

Si nous voyons des personnels de direction agir en faveur de l'apaisement ici, nous sommes aussi les témoins de positionnements administratifs et disciplinaires problématiques là, par exemple lorsque nos collègues tombent sur un message du Référent Police du lycée Galilée, demandant au chef d'établissement de lui livrer le nom des lycéen.nes « à l'origine » de la « mise en place de banderole, pancarte [...] distribution de tracts via les réseaux sociaux , en papier pour ce type de mouvement » (sic).

Monsieur le Directeur académique, est-il besoin de préciser que ces activités qui inquiètent tant la préfecture sont notre quotidien de militant.es d'organisations syndicales de travailleurs.ses, activités garanties par une Constitution? Ces droits seraient-ils désormais niés à la jeunesse lycéenne, futur·es salarié·es de ce pays? Avez-vous été destinataires de ces consignes du ministère de l'intérieur concernant nos élèves? En existe-t-il concernant les militant.es de nos organisations syndicales de travailleurs.ses?

Nous exigeons dans un premier temps :

- L'arrêt de la présence policière répressive sur les blocages

- Aucune poursuite judiciaire et administrative des élèves mobilisés

- La libération immédiate des élèves arrêtés

- Une expression de la DSDEN 95 en faveur de la poursuite des policiers auteurs de violences contre les jeunes.

- Des lieux hors menace au sein des établissements, dédiés à la tenue de réunion, de débats et d'élaboration, exclusivement pour les lycéen·nes, afin de respecter leur parcours d'apprentissage de la citoyenneté.

- De satisfaire les revendications légitimes des lycéen·nes, qui sont aussi celles des personnels.

En application du décret n°2008-1246 du 1er /12/2008, nous vous demandons d’engager une négociation préalable sous trois jours en recevant de toute urgence une délégation intersyndicale.

Pour la CGT Educ’action 95 Les co secrétaires départementaux Sandra Guillet Olivier Delous Pacôme Hollestelle

Pour la FNEC FP FO 95 Le secrétaire départemental Vincent Sermet

Pour SUD Education 95 Les co-secrétaires départementaux

Pour le SNES-FSU 95 Les co-secrétaires départementaux Camille Joublot Ferré Héloïse Allard Bruno Lambert Guillemin Bafferon Pauline Surget Johan Pausé